Vous êtes ici : Accueil > A découvrir > Coups de coeur des lecteurs

Coups de coeur des lecteurs

Régulièrement, des lecteurs se retrouvent à la bibliothèque pour échanger autour de leurs lectures. Souhaitant vous faire partager leurs coups de cœur, ils vous proposent ici une sélection de livres qu'ils ont particulièrement appréciés.

_______________________________

Compte-rendu de la séance du 17 décembre
Compte-rendu de la séance du 26 novembre

"Nouvelles sans frontières" 

Avril 2013





Désaccords imparfaits
Jonathan Coe - Gallimard 2012

R COE






Quatre petites nouvelles dédiées à son grand-père, explique  J. Coe dans une introduction.
Ivy et ses bêtises : Un frère et une sœur visitent la tombe de leurs grands-parents. La sœur semble avoir vu le fantôme de son grand père. Moments particuliers qui permet à tous deux de revenir sur leur enfance, leurs facéties, le moment où la sœur révèle ce qu’est le père Noël…
9e et 13e : Un pianiste de bar qui habite au-dessus d’une entreprise de déménagement imagine qu’il offre un soir l’hospitalité à une jeune femme mais le bruit de la porte du garage des camions de déménagement le ramène à la réalité !
Des nouvelles qui font la place belle aux souvenirs avec un petit côté rêveries, mélancolies, parts du hasard dans nos vies.
Version originale : Lors d’un festival de films d’horreur, un membre du jury découvre qu’un des films a été réalisé par une de ses anciennes petites amies avec laquelle il a rompu...

J’ai eu du mal à "juger" ces nouvelles.  Elles sont bien écrites, elles traitent plutôt des souvenirs, du passé mais je n’en saisis pas l’intérêt.

________________


Petit éloge de la douceur
Stéphane Audeguy – Folio, 2007

R AU






L’auteur prend l’alphabet et livre ses réflexions sur un certain nombre de mots ou expression : Âge des bonbons, Amande, Amitié, Astaire (fred), caresses, fatigue...
Pour le moins éclectique !

On peut aussi reparler des nouvelles de Luis SEPULVEDA que nous avions lues une année antérieure. Ces nouvelles ont une forte connotation politique tout en traitant des sujets simples. J’avais beaucoup apprécié.

_________________


Les roses d’Atacama
Luis Sepulveda - Métaillé, 2001

R SEP






Suite de petites nouvelles brèves sur un peu tous les sujets. Le titre est lié à une des 35 nouvelles : Sépulveda nous narre la rencontre avec Fredy Taberna, militant socialiste qui lui a fait découvrir le désert d’Atacama où une fine pluie de quelques heures fait éclore de minuscules fleurs couleurs de sang : les roses d’Atacama. Fredy Taberna était militant socialiste et a donc été tué par la dictature Pinochet. Il est  enterré quelque part dans ce désert qu’il a fait découvrir à  Sépulveda qui lui rend hommage ici.
Maintes de ces nouvelles sont justement des rencontres avec des militants dont beaucoup ont été tués. Sépulveda montre le courage de ces hommes qui ont trouvé tous les moyens pour résister à l’oppression militaire. Il décrit aussi avec concision et justesse  les hommes et femmes proches de la nature, qui eux aussi militent pour préserver leurs terres, pour résister aux pressions des grandes sociétés capitalistes. Il alerte sur le changement climatique, sur la destruction des forêts… Par exemple, une nouvelle parle d’un homme dont il se sent proche en Amazonie tout simplement parce qu’il vit en symbiose avec la nature.
Dans une île de Yougoslavie, des hommes, Croates, Slovènes, Monténégrins… vivent en parfaite harmonie jusqu’à ce que viennent la haine raciale introduite par les nationalistes serbes.
L’absurdité des  dictatures est dénoncée dans l’arrestation d’un frère qui a un jumeau mais que l’on confond avec un autre malgré la ressemblance avec son jumeau et ses papiers. Beaucoup  de nouvelles dénoncent le gâchis environnemental en forêt amazonienne.

Les nouvelles sont très courtes, 2-3 pages pour la plupart, dans un style ciselé, mordant ou froid pour dire la douleur, la bêtise, l’horreur.
Sépulveda est un militant. Il raconte en fait sa vie et ses multiples rencontres dans son pays et dans le monde. Il dénonce avec force les violences, les absurdités du capitalisme, mais aussi celles du communisme. Il admire tous ceux qui ont eu le courage de résister.

_________________


Heureux les heureux
Yasmina Reza -  Flammarion, 2013

R REZ






On peut presque assimiler ce roman à un recueil de nouvelles. Chaque chapitre traite d’un couple ou d’une personne particulière et donc d’une scène concernant la vie de ces personnages donc on peut, à la limite, les lire comme on veut. Certes tous les personnages sont liés les uns aux autres, mais chaque chapitre constitue un instant de la vie de ces " heureux".
Robert Toscano : une scène dans un supermarché où le couple Robert et Odile se disputent et frisent le pugilat !
Marguerite Blot : une femme qui raconte son observation d’une femme plus âgée qui a une dame de compagnie et qui se demande si elle doit elle-même en prendre une.
Odile Toscano : à nouveau le premier couple, cette fois au moment du coucher, tard dans la nuit... Là encore une scène de mésentente, avec intervention d’un enfant qui pleure, parce qu’il a perdu sa "doudine".

Entre comique et violence ! Ces courts récits montrent des gens en situation difficile mais en même temps comique. C’est aussi une façon de dénoncer notre façon de vivre actuelle et comment des petits riens peuvent passer pour des drames.

_________________


Les oliviers du Négus
Laurent Gaudé - Actes sud, 2011

R GAU






Un livre constitué de 4 nouvelles :

Les oliviers du Négus : un vieil homme, Zio Négus raconte non seulement sa campagne d’Ethiopie dont il est revenu à moitié fou mais aussi sa "rencontre" avec Frédéric II de Prusse dans un couvent proche.

J’ai retenu la belle écriture : «Zio Négus est mort. A chaque génération qui disparaît, c’est un  peu du monde qui sombre. Nous portons toujours plus d’histoires. Je prendrai soin des siennes : les massacres d’Abyssinie, le rêve du roi des Deux-Siciles. Je les partagerai avec ceux qui m’entourent. Je les raconterai en marchant dans les rues du village et en montrant du doigt les pierres, les arbres, tout ce qui porte la marque de l’histoire. Je veux que nous gardions dans les yeux la profondeur des nuits d’Abyssinie, et que nous entendions dans le silence des collines le soupir du Négus et les cris lointains de Frédéric II. Je veux que nous portions encore la marque du Négus : l’infirmité lumineuse de ceux qui ont dans le crâne des rêves trop grands et, dans le regard, la beauté des hommes insatiables».

Le bâtard du bout du monde : un officier romain, Lucius, s’est hissé à de hautes fonctions militaires par son courage. Il se voit invincible tant il a de force en lui et de certitudes sur la puissance de l’empire romain qu’il représente. Il est envoyé à une frontière de l’empire pour exécuter le représentant de Rome et assurer la sécurité de la zone. Il décide d’aller voir la région au-delà de la frontière et les peuples inconnus qui l’habitent et là il découvre les hordes de "sauvages" qui vont anéantir Rome. Ces "barbares" vont le laisser libre et Lucius va rentrer à Rome pour annoncer la venue de ces envahisseurs mais il n’en aura pas le courage.
Je finirai à terre : on est je pense dans la guerre de 1914, guerre des tranchées où la terre doit "avaler" toujours plus de cadavres. Cette terre se révolte, fabriquant un golem qui vient punir les hommes...

«Le monde bruit et frémit. Je ne sais pas l’arrêter. Il enfle et se gonfle. Les nuages roulent, les pierres craquent. Le vent se lève. Je reste à terre. Le monde est impatient de nous effacer. Je me tais. Je sais que, désormais, la peur ne me quittera plus. Jusqu’au bout de ma vie. La peur. Et rien d’autre. »
Tombeau pour Palerme : un juge anti-mafia a vu son frère déchiqueté dans l’explosion de sa voiture. Ce juge sait que lui aussi est condamné mais il ne sait pas la date ni l’heure de l’attentat. La nouvelle décrit ses  sentiments, ses hésitations, son questionnement puis ses derniers moments de liberté, sa dernière visite à sa mère… avant l’explosion finale. «Tout s’achève, mon frère. Il ne reste rien ici, de toi, de moi, rien qu’un goût lointain de lutte, et le souvenir de nos vies saccagées»
.

Belle écriture, belles phrases qui tiennent de maximes. Faut-il voir dans ces quatre nouvelles une sorte de réflexion sur les "maux" qui ont marqué l’Italie ? : la guerre coloniale à l’époque mussolinienne, la chute de l’Empire romain, la défaite dans la première guerre mondiale et l’obsédante hydre de la mafia ?
C’est en tout cas un culte à la mémoire, à la transmission de l’Histoire (avec un grand H),  mais aussi la conscience que l’homme n’est pas grand-chose, qu’il passe, s’efface car le temps marque la fin de l’homme en tant qu’individu. Belle réalisation!

_________________


Chroniques de l’Impasse des Géraniums
Mario de Carvalho - Centre national du Livre, 2012








L'auteur, Portugais, contraint à l’exil sous la dictature de Salazar, est revenu à Lisbonne après la Révolution des œillets en 1974.
Suite de petites nouvelles qui tiennent du conte, du fantastique mais très divertissantes.
Exemple : une histoire où un homme avale la lune, une autre où une corde pend du ciel, mais on ne voit pas au bout de quoi et puis elle disparaît... Un chat qui serait la nuit un dangereux dévoreur de policiers !... une fuite de gaz où il faut creuser pour réparer, mais on tombe sur une pierre qui est tellement lourde, que personne ne peut la bouger, sauf un enfant qui s’amuse avec...

C’est divertissant, attendrissant. Si l’on apprécie un peu d’humour j’en recommande la lecture !

Danièle





"L'Histoire dans la Bande dessinée"

Mars 2013




Je, François Villon : Mais où sont les neiges d’Antan
Luigi Critone d’après Jean Teulé - Delcourt, 2012

BD CIT J1






Jean Teulé a écrit une biographie de François Villon publié en 2007. Quatre ans plus tard, Luigi CRITONE adapte et illustre cet ouvrage dans un album  BD. Il s’agit d’un premier épisode qui porte sur les vingt premières années de la vie de François VILLON. Ce poète du 15ème siècle est connu de nos jours autant pour ses frasques et sa vie tumultueuse que pour ses poèmes.
François VILLON est né le jour de la mort de Jeanne d'Arc le 30 mai 1431. Son père meurt pendu le jour de sa naissance et il est encore un tout jeune garçon lorsque sa mère accusée de vols, est enterrée vivante. Il est alors recueilli par le chanoine de Saint Benoît,  Maître Guillaume de VILLON, son «plus que père» dont il prendra le nom de famille. Arrivé à l'adolescence, il fait ses études dans le meilleur collège de Paris pour devenir clerc. Son existence privilégiée auprès du religieux affectueux et indulgent ainsi que son statut d'étudiant lui permettent d'assouvir toutes ses envies, les plaisirs de la chair, du larcin, de la duperie et de la poésie. Poète et ribaud à la fois, il commet tous les actes possibles, des plus sublimes aux plus abominables.

Cette version de « Je, François Villon » est très fidèle au texte de Jean Teulé : elle en reprend la trame, la construction scénaristique et même les dialogues aux mots près. Cependant là où l'écrivain se plait dans la noirceur, la crasse et le macabre, la touche de Critone et sa palette de couleurs amènent une légèreté et une finesse dans ce monde de brutes et rendent la lecture agréable et légère malgré des scènes très dures.
J’ai découvert ce poète «maudit » dont le nom était évoqué pendant mes études au lycée mais qu’on n’étudiait pas vraiment.
J’ai compris la vie des pauvres gens de cette époque, les horreurs commises par les puissants, l’armée, l’église : on pend à tour de bras, on fait bouillir les gens dans des marmites, on coupe les oreilles,  les mains. Le peuple meurt de faim et est acculé à voler et même à vendre des pâtés fabriqués avec la chair des corps fraîchement recouverts de terre…
J’ai aimé les illustrations de Luigi Critone qui donnent vie aux rues de Paris, tantôt orageuses, tantôt apaisées. L’expression verbale comportant des mots du langage de l’époque est aussi à souligner.
La lecture de cette BD me donne très envie d’en savoir plus sur le poète « malfaiteur »

Les principales œuvres de François VILLON :
- Le Testament écrit vers 1462. C’est une méditation consacrée essentiellement à la perte de la jeunesse, aux méfaits de l’amour mais surtout à la mort.
- La Ballade des pendus : Impliqué dans une rixe au cours de laquelle un notaire pontifical fut blessé, Villon fut arrêté, torturé et condamné à la pendaison, et fit appel de la sentence. C’est sans doute pendant ces jours pénibles qu’il écrivit la Ballade des pendus, où se manifeste notamment son obsession des corps pourrissants. Le parlement de Paris commua sa peine en dix ans de bannissement.

Anne Marie

_________________


C'était la guerre des tranchées 1914-1918
Jacques Tardi. - Casterman, 1993

BD TAR






Dessinateur et scénariste, Tardi, virtuose du noir et blanc, travaille depuis plus de trente dans le monde de la bande dessinée. (Nestor Burma, Adèle Blanc-Sec). Marqué par les souvenirs de guerre de son grand-père, Tardi est obsédé par la guerre, en particulier la première Guerre Mondiale.
Au sommet de son art, il conçoit en 1993 « c’était la guerre des tranchées ».En 2000, il remporte un franc succès avec la série « Le Cri du peuple » qui relate l’histoire de la Commune de Paris.
En 2012 il créé « Moi René Tardi prisonnier du Stalag II » souvenirs de son père. Métaphore des conflits et de la bêtise humaine pendant la première Guerre Mondiale. Tardi met le doigt sur l’absurdité de sentiments comme le nationalisme et le patriotisme qui mènent  à la haine et à la destruction fratricide.
Cette BD met en scène des épisodes peu évoqués dans les manuels d’histoire comme les gradés qui utilisent leurs hommes comme de la chair à canon, les exécutions massives. Mais aussi les massacres de la population civile et les « déportations » des hommes noirs et asiatiques des colonies vers le Front.
Cette œuvre très documentée plonge le lecteur dans le réalisme brutal de la première Guerre Mondiale et représente un témoignage précieux sur cette période de l’histoire.
Le dessin de Tardi est « crasseux » (à cause du monochrome) et met le lecteur mal à l’aise, les expressions faciales sont bien maîtrisées.
A propos de cette BD Tardi a tenu à souligner : « Ce qui a retenu mon attention, c’est l’homme, quelle que soit sa nationalité ou sa couleur, l’homme dont o dispose, l’homme dont la vie ne vaut rien entre les mains de ses maîtres ».

Hélène

_________________


N'embrassez pas qui vous voulez
Marzena Sowa ; illustré par Sandrine Revel - Dupuis, 2012

BD SOX N






Auteure née en Pologne en 1979, Marzena Sowa vient vivre en France pour terminer ses études de lettres. A partir de 2004 elle publie avec son compagnon la BD « Marzi » dans laquelle elle raconte son enfance dans la Pologne des dernières années communistes (6 tomes). En 2012 elle sort son premier récit non autobiographique avec la dessinatrice Sandrine Revel intitulé « N’embrassez pas qui vous voudrez ».
Un petit garçon tente d’embrasser  une petite fille, celle-ci le repousse. Cette scène enfantine semble banale sauf qu’elle se déroule lors de la projection d’un film à propagande sous le régime stalinien, dans un pays soviétique. Cet évènement vire donc au drame…
A travers l’histoire de ces enfants, l’auteur dénonce le fonctionnement d’une société rongée par la surveillance, la paranoïa et la dénonciation. Cette histoire pleine de charme et d’humour permet d’appréhender plus facilement la dictature stalinienne. On trouve chez Marzena Sowa une justesse d’observation et de l’espoir avec cette bande d’enfants. Les dessins, malgré une colorisation sombre, rendent le récit plus poignant, plus émouvant.

Hélène




"Des romans qui sentent bon le terroir" 

Février 2013



Le pays d’où je viens
Didier Cornaille - Albin Michel,  2012

R COR






Didier Cornaille  a choisi de vivre dans un village du Morvan où il écrit entre autres, des romans du terroir. Il est profondément attaché à la terre. Voici ce qu’il dit de la campagne :
« J'y suis né voici soixante-trois ans. J'y ai été élevé par des parents qui m'ont transmis l'amour du milieu qu'ils avaient choisi en même temps que celui de la lecture et par la suite de l'écriture. Journaliste spécialisé dans les questions agricoles et rurales durant un quart de siècle, puis écrivain, jamais l'idée ne m'est venue que je pourrais vivre ailleurs qu'au contact quotidien de la société rurale, ni autrement que dans son observation inquiète. Mon obsession est bien là. Elle est dans l'inexorable déclin auquel est condamné le monde des campagnes. La nostalgie et le passéisme ne sont plus de mise. Inlassablement, avec obstination, il s'agit de dénoncer l'invraisemblable gâchis que constitue l'obstination aveugle avec laquelle on perpétue un mouvement  "de la ferme vers l'usine" aujourd'hui totalement vain, alors que se déchaîne l'agressivité de Milieux urbains sursaturés.»

Lorsqu'il se réveille sur une aire d'autoroute, Luc se souvient vaguement d'une soirée arrosée et d'une mystérieuse passagère qui l'a détourné de sa destination, le Morvan où il mène depuis quelques années une vie paisible. L'inconnue a disparu, abandonnant dans le coffre de la voiture un sac de voyage et une adresse qui ramènent Luc dans le Nord de la France où il est né et où il a grandi. Troublé par cette rencontre, il décide de s'arrêter quelques jours pour retrouver sa passagère et ce pays familier qui n'est plus tout à fait le sien...
« Le pays d’où je viens » est un roman qui nous emmène à la découverte du Nord. C’est aussi une réflexion de l’auteur sur la vie, sur ce qu’il est devenu et sur les raisons de son soudain attachement à son pays natal alors qu’il n’y est pas revenu depuis des années. Il est facile de faire un rapprochement entre Luc, le personnage et Didier Cornaille, l’auteur. En effet tous les deux sont nés dans le Nord avant de partir à Paris puis d’aller vivre dans le Morvan. Le côté autobiographique aiguise l’intérêt du lecteur et apporte plus de profondeur aux personnages, aux paysages. Luc a plus de cinquante ans, il n’est pas retourné dans le Nord depuis une trentaine d’années et il ne comprend pas comment il peut avoir pris l’autoroute du Nord au lieu de prendre la direction du Sud. Dur lendemain de fête pour Luc qui va avoir du mal à rassembler ses esprits et comprendre ce qui a bien pu l’emmener vers le village de son enfance. Il va aussi devoir découvrir pourquoi un sac de femme est présent dans son coffre de voiture. Comment est-il arrivé là ? Une fois qu’il a compris l’identité de la femme, comment va-t-il réussir à la contacter ? Beaucoup de questions se posent et les réponses arrivent, elles prennent leur temps et donnent lieu à un bon roman. Il est intéressant de constater que cette femme est écrivaine et comme lui à la recherche  de ses racines. Elle  s’interroge aussi sur le lien qui existe entre la réalité de la vie et les souvenirs. L’introduction dans ce roman du fils de Luc, Yvon jeune parisien de 16 ans qui aime sa vie d’adolescent mais apprécie la campagne du Morvan où il vient de temps en temps. Il ne comprend pas le soudain attachement de son père pour la région du Nord où il est né mais  accepte cependant de faire connaissance avec le village de ses aïeux  auquel il s’attache lui aussi. Ceci constitue un lien très fort entre le père et le fils. Yvon est très à l’aise dans son époque et pense qu’on doit tenter de vivre heureux dans le présent et accepter sans état d’âme les  réalités de la vie  même si le passé et les origines sont importants pour la structuration de l’être humain.
J’ai beaucoup aimé cet ouvrage malgré une première partie assez invraisemblable, Je me suis intéressée de plus en plus au fil de la lecture à cet attachement de l’auteur au terroir et aux gens de la campagne. J’ai bien aimé aussi ce lien qui s’établit entre le père et le fils grâce à l’intérêt porté par tous les deux à l’origine de la famille.

Anne-Marie

_________________


Un livre sur la  Guerre d’Algérie mais que j'ai associé à un livre du terroir :


France, récit d’une enfance
Zahia Rahmani - Sabine  Wespieser, 2006

R RAH






Le village français d’Oise  où se passe cette enfance est très isolé et Zahia force les portes pour connaître les gens : « C’est le silence, je suis bannie. Je vis dans une campagne française qui reçoit pour la première fois des étrangers »…Les enfants voisins lâchent sur elle leur berger allemand… Et pourtant, adulte, elle assure : «J’ai une tendresse infinie pour ce village et pour tout ce qu’il garde  en mémoire de ce que nous avons vécu ...»
Ce terroir isolé et ses habitants, Zahia les a vus dans leur vérité mais elle a sincèrement voulu les rencontrer : « Tout ce qui peut nourrir une pensée… est étranger aux habitants » mais « Au contraire de moi… tous les habitants savent reconnaître d’un coup d’œil la moindre végétation légumière »… A 15 ans, elle leur propose la pensée trotskiste de ses lectures mais devient néanmoins bonne jardinière...

Cela m’a beaucoup émue  de voir, que, des années après, c’est la tendresse qui prévaut !
C’est un livre extrêmement attachant par l’éclosion d’une personnalité entre l’identité kabyle inculquée par sa maman et la volonté de s’inscrire en terre française.

_________________



Adam en héritage
Didier Cornaille - Presses de la Cité, 2010

R COR






C’est l’histoire romancée de la « tentation d’Eve », un bas-relief de la cathédrale d’Autun convoitée par les historiens d’Autun, un marchand américain et « Le Louvre » lui-même. C’est  la recherche passionnante de ses compagnons de pierre disparus, Adam et le diable, entre 1866 et 1919…

J’avais lu des articles sur cette merveilleuse Eve, symbole de la femme éternelle mais cette histoire m’a aussi fait redécouvrir les « communautés familiales » du Charolais, modèle du phalanstère créé par des anciens « Charbonniers » résistants à Napoléon III dans les forêts du Morvan et héros du livre… Par-là, nous touchons la dure vie des paysans d’alors, défricheurs et misérables puis décimés par la Grande Guerre. Personnages et relations complexes et bien racontés .

Marité

_________________


Ce que les hommes vivent les hommes : T.01 les Noëls blancs
T.02 Les printemps de ce monde

Christian Signol - Albin Michel, 2000

R SIG




"Du plus loin qu'il se souvenait, les Noëls, dans ce haut pays, avaient été blancs. La neige faisait son apparition dès le mois des morts, s'en allait, revenait, restaurait la beauté des montagnes en une nuit, rendait le monde neuf, comme ce matin, ce 1er janvier du nouveau siècle, dont François attendait ingénument quelque chose d'extraordinaire qui allait changer sa vie."
Au cœur des passions humaines, une flamboyante saga qui traverse le siècle. L’histoire commence le 1er janvier 1900 et nous allons partager la vie de François qui est l’aîné d’une fratrie de trois,  il y a Mathieu son cadet et Lucie la plus jeune. Ils vivent avec leurs parents au Pradel. Les Noëls blancs, ce sont ceux dont se souviendront François, Mathieu et Lucie Barthélemy, en repensant à leur enfance, là-bas, aux confins de la Corrèze et du Puy-de-Dôme, dans ce haut pays aux hivers rudes. Ils y ont grandi avec le siècle. Auguste, le père, et Elise, la mère, travaillent une terre qui ne leur appartient pas. Ils sont extrêmement pauvres, A douze ans, François doit abandonner l'école pour devenir garçon de ferme car Ils n’ont pas de quoi le nourrir, lui qui rêvait de continuer l’école...

Tout au long de ce récit (qui nous entraîne jusqu’en2000) François et plus tard ses descendants restent attachés à ce coin de terre au climat rude. Malgré cette extrême pauvreté il y a des moments de pur bonheur. Ils vont être jetés au cœur de tous les tourments du siècle. La guerre arrive, va infléchir le cours de leur vie comme elle a infléchi celle de tous ces Français qui ont traversé le XXe siècle en aimant, en souffrant, et en suivant l’évolution de la société qui a glissé inexorablement des campagnes vers les villes. Que de chemins parcourus et que de souffrances. A travers ces deux livres on voit l’évolution de la société et des hommes. François deviendra propriétaire de sa ferme. Une vie de labeur et de travail acharné. Un de ses fils Charles réussira à devenir maître d’école plus tard Pierre son fils entrera  à Centrale. Louise la benjamine deviendra missionnaire en Afrique et semble être une des plus heureuses. Mathieu le frère de François s’établit en Algérie ou il se sent bien, au moment de la guerre d’Algérie il devra tout quitter et beaucoup de ses proches vont mourir dans des attentats. Lucie, à la mort brutale du père sera contrainte  et placer comme domestique dans un château. Elle vivra ensuite dans beaucoup d’endroit Paris, l’Allemagne, la Suisse… Elle tremblera pour son époux allemand et pour leur fils, grâce à une de ses filles, et beaucoup plus tard elle aura une vie relativement aisée.
Mais tous garderont la nostalgie de leur vie d’enfant au Pradel et à Puyloubiers. Il est bien loin le temps heureux de leur enfance où ils accueillaient des « cherche-pains » pour leur faire partager le peu qu’ils avaient… Mais une même force continue de les porter chaque Noël vers cette terre du Pradel où on se ressource, dont on rêve lorsque la réalité est trop douloureuse et où l’on vient mourir.

Nadine



Retrouvez tous les coups de coeur de 2009 à 2012 (ici)
Retrouvez tous les coups de coeur de janvier 2013 (ici)
SHARE